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Les chansons de Ludovic - Gaëtan Roussel

(Re)découvrez l'originalité de la chanson française et francophone !

Je suis professeur de français et j'ai effectué l'essentiel de ma carrière à l'étranger. Je suis actuellement en poste dans le réseau des Écoles européennes. J'ai soutenu une thèse de doctorat consacrée à la chanson.

Pour vous aider à exploiter mes chansons en classe, n'hésitez pas à feuilleter mon article tiré de la revue de l'Association belge des professeurs de français "Vivre le français" : "Classe de FLE : 20 activités pour exploiter une chanson"

Ludovic Gourvennec

Gaëtan Roussel est un créateur français (originaire de Rodez) hyperactif et génial, qui semble ne jamais s’arrêter de produire, de s’ouvrir, de butiner, de fédérer, de s’engager (il a intégré la bande des Enfoirés pour les Restaus du cœur). C’est une figure majeure et un astre brillant de la scène francophone actuelle. Il est à l’origine membre et leader du groupe Louise Attaque depuis 1997, formation qui a marqué le renouvellement de la chanson contemporaine. Mais, à partir de 2009, il s’est émancipé de sa troupe et s’est lancé dans une carrière solo (tout en poursuivant des créations avec le groupe). 

Cette démarche solo a également coïncidé avec des collaborations nombreuses : avec son collègue Arnaud Samuel pour le groupe Tarmac - si vous ne connaissez pas, surfez, c’est magnifique -, avec Alain Bashung dont il a produit le dernier album « Bleu pétrole » (2008), avec Vanessa Paradis, ou Pomme, ou Rachid Taha ou Rachida Brakni avec qui il a créé le beau groupe Lady sir, etc. L’album Eclect!que (2023) est un exemple parfait de cette volonté d’ouverture et de partage (avec notamment Louane, Camélia Jordana, ou Soprano), de collaboration avec des gens en vue, des chanteurs moins exposés ou des jeunes pousses qui débutent. Je trouve qu’il incarne ainsi très bien la globalité de la chanson francophone actuelle, dont il défend excellemment une certaine qualité exigeante, notamment en décidant de se renouveler (avec des textes toujours polysémiques), de se remettre en question et non de reproduire des recettes toutes faites – bien que paradoxalement, on puisse identifier son style récurrent.

Il faut ajouter qu’à ses multiples casquettes s’ajoutent celles de production de musiques de films (par exemple le génial Mammuth de Delépine et Kervern en 2009) ou l’animation de documentaires (Abers Road, où il sillonne la Bretagne en compagnie d’artiste locaux qui y vivent comme Christophe Miossec ou Renan Luce). C’est très difficile de sélectionner les chansons de Gaëtan Roussel tant l’œuvre est prolifique et de qualité, mais voici quelques morceaux.

« Il y a » (2009) : La voix de Vanessa Paradis se marie parfaitement à l’œuvre de Gaëtan Roussel, douceur de la mélodie et frémissement du texte, avec ce passage qui touche à la perfection littéraire « Parfois on regarde les choses telles qu’elles sont en se demandant pourquoi / Parfois on les regarde telles qu’elles pourraient être en se disant pourquoi pas ». 

« Help myself (nous ne faisons que passer) » (2010) : très beau clip que j’ai exploité en classe.

« Hope » (2018) : magnifique chanson sur la maladie d’Alzheimer et très beau clip que j’ai exploité (aussi) en classe.

« La colère » (2021) : belle chanson, assez philosophique pour comprendre pourquoi on s’énerve dans la vie.

« Je me jette à ton coup » (2021) : cette chanson marque la collaboration avec le célèbre acteur français Daniel Auteuil, qui est fort présent dans le clip. On sent que leur relation est très proche puisque Gaëtan Roussel a produit l’album de Daniel Auteuil et a joué dans un des films qu’il a réalisés (Le fil).

« Si par hasard » (2021) : je pense que c’est la chanson de Gaëtan Roussel que je préfère, à la fois mélodieuse et très triste sur la séparation, qui peut être amoureuse mais aussi sur le décès et l’absence définitive. Comme toujours, les textes sont ambivalents et c’est très beau.

Dans l’album Eclect!que (2023), je propose ces trois collaborations représentatives de son esprit d’ouverture.

« On ne pleure pas dans l’eau » (2023) : un duo avec un artiste très connu, M (Mathieu Chédid), une des grandes voix et personnalités de la scène actuelle. Chanson sur la tolérance, sur ailleurs et ici, presque métaphysique. Méditation sur les toits de Paris.

« Promenade » (2023) : collaboration avec un chanteur très intéressant, Bertrand Belin, mais à la notoriété plus minimale. Clip sous la forme d’un tournage un peu impromptu gare de Lyon à Paris.

« Crois-moi » (2023) : un chouette duo avec une chanteuse qui débute, Adeline Lovo, et qui bénéficie ainsi d’une exposition favorable.

« Marjolaine » (2025) : quel beau prénom (déjà utilisé en 1957 par Francis Lemarque dans une chanson) à la fois daté et intemporel, à la fois moderne et suranné, pour cette très belle chanson à la voix apaisée et en forme d’hommage ou d’hymne, qui dit que, quand on s’aime, on s’écrit (même si « l’âme humaine a ses défauts ses combats »), qui formule au début des regrets qui s’effacent peu à peu, qui conclut que la séparation peut en définitive conduire à envisager un doux avenir, où qu’il soit.